Posted By Besa on May 8, 2010
Il est fréquent dans la littérature qui sert de base au renouveau du féminin sacré et même dans nos pratiques de se référer au concept de l’archétype. Archétype vient du grec arkhetupon, «modèle primitif», par l’intermédiaire du latin archetypum. Ce terme nous vient entre autre de Carl Gustav Jung, mais nous trouvons aussi les idées-archétypes chez Platon. Ce mot est employé dans d’autres domaines que la psychanalyse et la philosophie. Ainsi, il a plusieurs définitions, mais qui évoque toute plus où moins l’idée d’un modèle général, premier, primitif, de base ou universel. Nous trouvons par exemple :
Extrait de psychologies.com (site du magazine Psychologies)
“l’archétype est une image originelle qui existe dans l’ inconscient, mais qui n’est pas issue de l’expérience personnelle. L’archétype en lui-même est une énergie probablement indépendante de l’esprit humain, de nature transcendante, et qui possède la particularité d’être un élément de transformation.”
Page source : http://www.psychologies.com/Dico-Psycho/Archetype
Dictionnaire Petit Larousse 2006
“Modèle sur lequel sont construits un ouvrage, une œuvre.”
“Idée, forme du monde intelligible sur laquelle sont construits des objets du monde sensible, chez Platon.”
“Chez Jung et ses disciples, structure de l’inconscient collectif qui apparaît dans les productions culturelles d’un peuple, dans l’imaginaire d’un sujet. »
En biologie selon le site de Futura Sciences
“Forme idéale primitive d’après laquelle tous les êtres d’un groupe semblent être organisés.”
Page source : http://www.futura-sciences.com/fr/definition/t/zoologie-2/d/archetype_2189/
Psychothérapie et spiritualité font-ils bon ménage chez les païens ?
Si certains païens font appel à ce concept pour appréhender le divin dans leur vie. De même des psychothérapeutes font appel à certaines techniques chamaniques, aux contes païens anciens, aux figures de divinités et au mythes dans leur thérapie, en s’inspirant de pratiques anciennes. Je citerai l’ouvrage « Avec Sekhmet – Médecine, psychothérapie » de la psychothérapeute Denise Morel (publié sous le pseudo de Diane Marnand), « Le cercle de vie, initiation chamanique d’une psychothérapeute » de Maud Séjournant, « Contes à guérir, Contes à grandir » de Jacques Salomé, « Femmes qui courent avec les loups » de Clarissa Pinkola Estès ou « Femme et déesse, rencontre avec le féminin sacré » de Christine Champougny-Oddoux. Certains diront, sans avoir tort, que ce rapprochement est typique de notre époque et correspond à la vogue des techniques de développement personnel. Ce n’est pas faux. Cependant ce serait faire un raccourci hâtif que de qualifier les études et recherches tissant des ponts entre cultes à mystères anciens, mythes et archétypes, uniquement de simples effets de « mode ». Il faut dépasser les apparences pour aller chercher plus loin la démarche intellectuelle, qui a abouti à établir ou redécouvrir des ponts entre nos héritages culturels, religieux, la psychothérapie et la spiritualité. Je dis bien « ponts ». De mon point de vue, les trois domaines ne se confondent pas pour autant. Mais il y a des liens entre eux ou des points communs.
Ponts interdisciplinaires
Les ponts entre psychothérapie et spiritualité se trouvent non dans les formes de religions exotériques, mais plutôt à mon avis dans celles dites ésotériques. C’est à dire les cultes possédant un enseignement caché, souvent accessible par l’intermédiaire d’une « initiation » et réservé à un cercle restreint. Citons par exemple les cultes à mystères grecs comme ceux d’Eleusis, la Kabbale juive ou certaines formes d’ésotérismes chrétiens. Car ces formes de religion visent à transformer l’être, travailler sur sa nature profonde. Nous trouvons aussi un pont dans le fait que durant l’antiquité, sciences et religion n’étaient pas forcément des domaines distinctes. Ainsi, les temples étaient également des lieux ou s’exerçaient la médecine, que ce soit celle du corps ou celle de l’âme. Citons par exemple en Égypte les prêtres ouabou de Sekhmet et de Serket, réputés pour leurs compétences médicales, leurs aptitudes d’exorcistes ou de conjurateurs de divers maux. A Dendera, près du temple d’Hathor existait un sanatorium où les malades venaient consulter la déesse afin d’être soigner de leurs maux (bains, incubation de rêve en dormant sur ce site sacré..). Le temple d’Epidaure en Grèce fut longtemps un lieu de pèlerinage pour les malades. La psychothérapie trouve aussi son origine ancienne dans les pratiques animistes, notamment le chamanisme ou l’interprétation des rêves. Bien entendu, la discipline moderne a réadapté certaines de ses pratiques, héritées du passé, les a complétées par des réflexions plus récentes et les a expurgé de ses éléments religieux.
Soigner ou étudier l’âme, l’esprit, la psyché
Nous retrouvons dans les cultes à mystères et certaines pratiques de soins exercés dans les temples, un objectif commun avec celui de la psychothérapie c’est à dire soigner la psyché (âme/esprit) ou travailler sur cet élément de l’être. La psychothérapie est d’ailleurs la thérapie par la psyché. Hors, qu’est-ce que la psyché ? Le mot psyché (en grec ancien Ψυχή / Psyché) signifie l’âme, l’esprit. Mais, il est aussi le nom un personnage mythologique qui apparaît dans le roman d’Apulée, les Métamorphoses, épisode probablement inspiré d’un mythe d’origine grec. Les liens entre mythes, exploration de l’âme, psychothérapie et spiritualité ne datent donc pas d’hier. D’ailleurs, d’où vient le mot spiritualité ? Le mot «esprit» est étymologiquement formée sur la racine latine « spiritus » (dérivé de spirare = souffler), qui signifie «souffle, vent». Sans le souffle ou la respiration, l’être humain ne peut pas vivre. La privation d’oxygène entraine la mort plus vite que celle d’eau ou de nourriture. L’esprit est donc le souffle qui fait vivre, qui anime. Hors âme est bâtie sur le latin « anima » qui a donné animer, animation ou animal. Ce qui a une âme est ce qui est « animé » par la vie, manifesté entre autre par le phénomène respiratoire (souffle). Il existe des nuances dans les définitions de ces termes (âme, psyché, esprit) selon les auteurs, les sources et les écoles philosophiques que je n’aborderais pas ici. Nous retiendrons que globalement psychothérapie et spiritualité ont en commun de s’intéresser au principe de vie, de l’existence et de l’être conscient de soi. Cependant malgré ce but commun, nous ne devons pas les confondre. La spiritualité est une aspiration ou une quête de l’esprit. La psychothérapie une méthode de soin par l’esprit. La nuance peut paraître subtile, pourtant elle est bien réelle et importante. Certains articles des païens contemporains parlent d’ailleurs de « travail sur soi » pour parler de l’initiation, hors ce terme est effectivement propice aux confusions. Un prêtre/une prêtresse païenne ou un(e) chaman(e) n’est pas une psychothérapeute. Cependant certains psychothérapeutes utilisent des techniques parfois dites chamaniques, d’art-thérapie inspirées de techniques et traditions anciennes. Cela n’en fait pas pour autant des officiants de ces cultes et des traditions anciennes.
L’archétype n’est ni une convention, ni un dogme
Dans un désir d’étudier le divin dans son expression polythéiste et ancienne, certains pratiquants contemporains font donc référence à des écrits rédigés par des psychothérapeutes, en plus des travaux des historiens. Car, ils apportent un éclairage différent sur le rapport de l’être humain au divin, qui n’est pas traité par la discipline de l’histoire. C’est ainsi que la notion d’archétype est entrée dans les dialogues, les écrits et les pratiques des païennes du culte de la déesse ou du féminin sacré.
L’archétype est utilisé dans le féminin sacré et le culte de la déesse (divin féminin) comme un outil pour appréhender la manifestation de la divinité en soi et dans ses actes. En ce sens, un païen ou une païenne ne croit pas en un archétype, ce n’est pas un objet de vénération. Il s’agit seulement d’un schéma ou d’un concept élaboré a posteriori par l’étude des mythes anciens, le contenu des rêves des êtres humains et la culture. Par exemple, Déméter est une figure que l’on associe à l’archétype de la mère ou « déesse mère ». Mais, il faut rester conscient que cette conclusion est moderne et contemporaine. Il n’est écrit nulle part dans les écrits grecs de façon littérale : « Déméter est l’archétype de la mère ». C’est notre façon à nous, aujourd’hui au 3éme millénaire, avec le recul, avec l’avancée des sciences de comprendre et d’appréhender cette divinité en l’associant à un concept plus globale. Ce concept est issue de l’observation des divinités et figures mythiques féminines de mère/créatrice (d’un dieu fils, du monde, de la création, de l’humanité ou autres), et qui sont fréquemment associées à la sollicitude, la compassion, la sagesse, la sympathie, l’élévation spirituelle, la croissance et la fertilité. Cet archétype possède aussi aussi une face dite terrifiante, celle de la mère liée à l’obscurité, au monde des morts, aux secrets, à la séduction et au poison. La mère est la pourvoyeuse de vie et de la mort.
Les archétypes sont selon Jung, des éléments de l’inconscient collectif. Et effectivement, leurs traits se retrouvent un peu partout dans le monde, dans différentes cultures et traditions, les rêves, même si ils subsistent aussi des différences. C’est une sorte de fond commun de représentations et de symboles de l’humanité. L’archétype n’est donc pas un dieu, mais un outil, une forme de représentation comparable au symbole. Il est conceptualisé par les êtres humains et il peut aider à comprendre, étudier et soigner le psychisme (esprit, âme…).
Ne pas confondre initiation et thérapie
Ainsi, l’archétype peut aussi être cité et employé (ce n’est pas une obligation) dans le domaine spirituel païen et initiatique pour sa capacité à établir des liens entre les figures divines des cultes anciens, notre quotidien, nous-même et le divin en soi. Il pallie peut-être au manque de sources et de transmissions dans certaines traditions, qui ont été interrompues dans le temps, en fournissant une méthode contemporaine d’approche du divin en soi, transposable dans les démarches initiatiques. De la même manière, nous voyons des néo-chamanes occidentaux se faire initier chez des chamans amérindiens ou mongoles, pour renouer avec cette pratique et tenter de restaurer les pratiques de leurs traditions ancestrales en s’appuyant sur cette expérience, comme formation de base concrète. Ce qui explique aussi que la notion d’archétype est peu,voir pas utilisée dans les grandes religions (notamment monothéistes) non interrompues dans le temps, qui possèdent encore leur système de transmission, leur clergé, leurs institutions et qui sont plutôt de forme exotériques. Cet outil ne leur est d’aucune utilité, même si leurs figures divines et de saints peuvent aussi être reliés à des notions archétypales. Dans le cadre des paganismes renaissants et surtout du culte de la déesse, le/la pratiquant(e) ne soigne pas sa psyché comme dans la psychothérapie avec cet outil. Mais, il l’étudie et l’explore en se reliant aux divinités et mythes de sa tradition. Le danger demeure dans la confusion possible entre démarche thérapeutique et démarche initiatique. L’archétype d’outil de soin devient support pédagogique. Prenons toujours l’exemple de la mère, ce n’est pas la génitrice au sens seulement biologique du terme, c’est à dire celle qui fait des enfants. Ce serait très réducteur de s’arrêter là et une lecture incomplète de ce qu’englobe comme notions le terme création et l’archétype de la mère. La mère est aussi une femme créatrice. Donc, une femme qui créé son entreprise ou une association, incarne le modèle de la mère, dans le sens de celle qui geste un projet et le met au monde, donc qui créé. Je citerai d’ailleurs un extrait de l’ouvrage « Avec Sekhmet – Médecine, psychothérapie » de Denise Morel (Diane Marnand), page 22 :
« Il n’est nul besoin d’être artiste, écrivain ou inventeur, pour se sentir créateur. Toute réalisation, en effet, devient acte de création, si elle permet de transformer la réalité en quelque chose de nouveau. »
Une vision fermée ?
Certains accusent aussi ceux qui se réfèrent aux archétypes dans le cadre du féminin sacré, de figer la féminité dans des «conventions ». Il est possible que certaines pratiquantes aient une lecture trop au pied de le lettre des archétypes et malheureusement en font effectivement des « conventions », voir même des dogmes incontestables. C’est dommage, mais après tout il y a des extrémistes dans tous les courants, sont-ce à partir d’eux qu’on doit pour autant se faire une idée de ceux-ci ? Je ne crois pas. Les archétypes ne sont pas des conventions et n’ont jamais été conceptualisés dans ce but, ni par Jung, ni par les psychothérapeutes contemporains auteur d’ouvrage sur ce thème. Ils sont beaucoup trop nombreux, et composés de notions généralistes, aux implications larges pour être qualifiés de conventions. Nous venons de le voir avec la mère qui est la créatrice, hors créer peut prendre se manifester de milliers de façons différentes. Cela n’est pas contraignant et ne signifie nullement « faire des enfants ». De même l’archétype de la guerrière n’est pas la femme soldat ou engagée dans l’armée, mais tout simplement une femme capable de dire non et de défendre ses intérêts, s’engager pour une cause, ses proches ou conquérir ce qu’elle désire. Nous pouvons la voir dans une déesse, Artémis ou Sekhmet, ou dans une femme célèbre ayant réellement existé comme Rosa Parks, Hypathie d’Alexandrie, Jeanne d’Arc ou Dian Fossey.
Un retour aux valeurs des sociétés traditionnelles patriarcales ?
Un autre reproche est d’y voir une façon déguisée de ramener les femmes vers une société plus traditionaliste et paternaliste, en invoquant des modèles de sociétés anciens et patriarcaux. C’est effectivement un danger, venant de certaines idéologies naturalistes et mouvements écologiques, de retour à la nature, que Elisabet Badinter a notamment dénoncé dans son ouvrage polémique « Le conflit : la femme et la mère ». Et les païennes contemporaines devront être vigilantes à ce sujet, afin que leurs croyances ne soient pas instrumentalisées pour les priver des libertés qu’elles ont récemment acquises. Par exemple, toujours avec l’archétype de la mère, être femme signifierai devenir mère et donc obligatoirement être la bonne épouse au foyer, qui fait et élève les enfants (comme beaucoup de femmes de l’antiquité), sans autre perspective d’existence ou de réalisation de soi hors de ce cadre. Là encore, c’est une lecture simpliste et superficiel. Comme nous le venons de le voir précédemment être mère, cela n’a pas qu’un sens biologique et il y a beaucoup de femmes sans enfants qui incarnent à merveille l’archétype de la mère. Elles sont par exemple créatives, attentives aux autres, protectrices avec leurs proches…etc. Une femme n’est pas moins femme qu’une autre, parce qu’elle n’a pas fait d’enfant, et elle peut incarner dans ses activités l’archétype de la mère de bien d’autres manières.
Dans la langue française en parlant d’être l’auteur d’une œuvre ou l’initiateur d’un projet, on parle de « paternité». Par exemple, la paternité de ce projet de construction revient à untel. Personne n’utiliserait maternité pour dire la même chose réalisée par une femme et c’est un défaut de la langue. Ceci signifie bien à quel point la notion de maternité n’est associé qu’à la création biologique parce que trop longtemps l’apanage de la création dans la société a été l’œuvre des hommes. L’archétype de la mère tel qu’étudié dans le féminin sacré par l’école de l’ordre du Lotus ou dans le culte de la déesse, au contraire affirme une maternité créatrice de la femme dans la société, qui se manifeste hors du foyer et autrement que par la procréation.
L’archétype n’est pas une notion mauvaise en soi. Il est un outil qui ne s’avèrera trompeur qu’en fonction de la façon dont il est employé et compris par ceux qui l’utilisent. Il tient donc à celui ou celle, qui le cite où l’emploi de ne pas lui attribuer plus de pouvoir qu’il n’en a. Les archétypes ne sont pas des œillères à se mettre de chaque côté des yeux pour délimiter le monde à une vision de ce qui est correct d’être pour s’épanouir. Dans le cadre du féminin sacré, les archétypes sont nombreux. Et il est fréquent de citer les trois plus connus, souvent liés à la wicca, la jeune fille, la femme mère et la vieille. Cependant, ils en existent bien d’autres déclinaisons. Ce ne sont pas des visions fermées, car certains archétypes partagent parfois des traits communs avec d’autres. Ils comprennent tant de caractéristiques, qu’il y a des milliers de façon d’y être associée dans sa façon d’être.
Article par Besa (Sopdetmuti) ©
Photos illustrant l’article, images libres de droit morguefile.com
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Lexique
Concept : (philosophie) représentation générale et abstraite d’une réalité, une idée générale .
Psychanalyse : exploration et analyse de la vie psychique consciente et inconsciente.
Auteurs cités
- Christine Champougny-Oddoux : formatrice et psychothérapeute.
- Clarissa Pinkola Estès : américaine d’origine hongroise, diplômée en ethnologie et en psychologie clinique (Ph.D.). Elle est conteuse et psychanalyste.
- Denise Morel : écrivain (master en littérature comparée à l’Université Paris X-Nanterre) et psychothérapeute français (École de Psychologues Praticiens de Paris, et Doctorat à l’Université Paris Descartes). Passionnée d’égyptologie, elle s’est initiée à l’épigraphie égyptienne (institut Khéops de Paris), a fait plusieurs voyages en Egypte, avec comme guide Madeleine Peters-Desteract.
- Elisabeth Badinter : femme de lettres et philosophe féministe française
- Jacques Salomé : psychosociologue et écrivain français, originaire de Toulouse.
- Maud Séjournant : psychothérapeute (Bachelor in Transformational Psychology, Maîtrise en Art Therapy du Southwest College, diplôme avancé d’hypnose ericksonienne du Milton Erickson Institute), coach et écrivain.
Category: Féminin Sacré & Prêtrise, Opinions |
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Tags: archétype, déesse, féminin sacré, jung, psychothérapie